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In document DP83847 (Page 27-0)

Nous avons choisi de pousser notre réflexion sur les surfaces irriguées/irrigables/autorisées à l’irrigation en continuant à décortiquer le document du projet de protocole du PGE du Lemboulas. Nous espérons ainsi pouvoir mieux comprendre les enjeux inhérents à l’accès à l’eau, même en année décennale sèche, et selon les différentes unités hydrographiques. Effectivement, le bassin du Lemboulas, même s’il peut, en apparence présenter une certaine homogénéité (seulement 2 petites régions agricoles), est caractérisé par une grande diversité des exploitations (nous avons déjà présenté ces différences à travers la présentation de la perception et de la définition des sécheresses, mais aussi des caractéristiques des exploitations irrigantes et non irrigantes).

Surfaces autorisées en ha par type de ressources

Unités de gestion Cours d'eau Nappe d'accompagnement

Plans d'eau alimentés par nappe d’acc.

Nappe terrasse Plans d’eau Total Lemboulas moyen amont 292 10 20 0 1 123 1 445 Lemboulas moyen aval 81 11 0 0 104 195 Lemboulas amont 128 2 96 0 638 864 Petit Lembous 15 0 0 5 1 080 1 100 Lemboulas aval 139 0 0 0 228 367 Lembous 48 0 0 0 412 460 Lupte 284 26 58 0 842 1 210 Total 987 48 174 5 4 427 5 641

Tableau 12 : Surfaces autorisées à l’irrigation, dans le bassin du Lemboulas, en ha, et par type de ressource

(Données SPE 46 et 82, tableau issu du protocole du PGE du Lemboulas, octobre 2010).

Il faut considérer dans notre réflexion sur les surfaces irriguées, les surfaces irrigables et les surfaces autorisées, la provenance des eaux, et donc indirectement leur disponibilité au moment de la période estivale, durant la campagne d’irrigation. En effet, le

222 Ces agriculteurs sont des producteurs de tabac sous contrat, des producteurs de melons ou des arboriculteurs,

jeunes, avec un projet de développement à long terme de la culture. Seuls 4 avaient réalisés leur retenue avant la sécheresse de 1976 ; pour les autres, ce sont les difficultés rencontrées pendant cette période qui les ont décidé a mettre en place rapidement la retenue.

régime des autorisations et l’accès à la ressource en eau sur le bassin pour l’irrigation est un élément hautement sensible, et qui est au centre de discussions pour pouvoir augmenter, maintenir ou diminuer les surfaces et les capacités d’irrigation, selon les différents protagonistes.

Ainsi, les surfaces autorisées pour l’irrigation à partir des eaux de surfaces vives (cours d’eau, nappe d’accompagnement, plans d’eau alimentés par la nappe d’accompagnement et les forages ou puits sur les nappes de terrasses223) sont directement sujettes aux restrictions de prélèvement. Effectivement, celles-ci peuvent concerner la moitié de la campagne d’irrigation, voire les 2/3 de celle-ci. Ainsi en 2005, 2006, 2009, il y a eu 40 à 50 jours de restrictions. Les surfaces alimentées en eau par les réseaux collectifs de l’ASA de Valence d’Agen et de celles des coteaux de Cosa ne sont pas recensées par le PGE dans les surfaces autorisées. Or ces 2 réseaux concernent les communes de la partie aval du bassin versant (Lemboulas aval, Lembous, Lupte, Lemboulas moyen, Petit Lembous)… dans les communes où la part de la surface irriguée par rapport à la SAU est la plus importante (tab3).

Figure 50 : Carte des unités de gestion hydrographiques du bassin du Lemboulas.

Les 7 unités de gestion recoupent les limites des bassins des différents affluents et divisent le bassin propre du Lemboulas selon les influences subies par l’arrivée des affluents. (Carte issue du Protocole du PGE du Lemboulas, oct. 2010)

La mise en place des lacs collinaires, et l’aspect individuel de leur gestion même si elle est soumise à une comptabilité des prélèvements, ne permet pas de savoir exactement la

223 Etant donné la cinétique très rapide du bassin du Lemboulas et ses difficultés à constituer des réserves

aquatiques en sous sol qui pourraient permettre de diminuer l’effet de l’étiage, nous avons choisi d’intégrer les eaux issues de la nappe d’accompagnement, des terrasses aux eaux de surfaces vives.

quantité prélevée, ni la surface réellement irriguée, ni la quantité d’eau utilisée pour chacune des parcelles irriguées. Effectivement, la nature des sols, le matériel utilisé, ainsi que les cultures et l’objectif de chaque agriculteur face à ses productions sont très différents. Cet élément de réflexion et d’interrogation s’est révélé bien après la réalisation des enquêtes, au moment de la confrontation entre données relevées à ce moment-là avec les données présentes dans le document réalisé pour le PGE, les données théoriques de l’irrigation des différentes cultures, et les données issues des derniers RGA, tels que publiés par l’Agreste. La donnée manquante pour cette analyse est la quantité d’eau réellement utilisée par agriculteur, donnée que nous n’avons pas recueillie lors des entretiens puisque ceux-ci étaient axés sur les pratiques et l’appréhension des phénomènes climatiques et non spécifiquement sur l’irrigation et les quantités d’eau utilisées. Nous avons donc opéré à postériori, en 2011, une mini-enquête auprès de quelques agriculteurs afin de récupérer des données par rapport aux quantités d’eau utilisées lors des campagnes d’irrigation.

Figure 51 : L'emprise de la commune de Lafrançaise par rapport à l'unité de gestion hydrographique du Lemboulas aval.

Cette superficie communale comprise dans le Lemboulas aval représente près de la moitié de ce territoire de gestion… (Carte issue du protocole du PGE du Lemboulas, oct. 2010 ; modifications : BVBA, 2011).

Les grandes différences dans les données chiffrées sont un élément visible de distorsion entre les données dont nous disposons. Toutefois, on ne peut essayer de les comprendre rétrospectivement qu’à la lumière des explications de chacun des agriculteurs. Ainsi, paradoxalement, la commune de Lafrançaise a une part très faible de surface irrigable (recensée par le RGA), de 2 % de la SAU (soit 41 ha en 1999) par rapport aux autres communes de la partie aval du bassin. Pourtant la capacité des différentes retenues recensées en 2006 par la DDAF montre une capacité totale de stockage dans la commune concernée par

le bassin du Lemboulas importante : 245 580 m3 de retenues224 à usage agricole. Or cette seule capacité de stockage devrait permettre, théoriquement, d’irriguer 122 ha sur la seule commune de Lafrançaise (selon la mesure théorique utilisée de 2 000 m3/ha), sachant que 228 ha sont autorisés pour l’irrigation à partir des seuls plans d’eau dans la partie du Lemboulas aval…

En croisant les 2 tableaux présentés dans à la page 10, nous pouvons de mieux comprendre la quantité d’eau théorique disponible pour l’irrigation selon les volumes et les surfaces autorisées (tab13).

volume autorisé (en m3) par ha selon l'origine de l'eau prélevée

cours d'eau nappe accompagn atrice plans d'eau alimentés par la nappe d'accompagnem ent nappe

terrasse plans d'eau total surface autorisée (ha)

987 48 174 5 4 427 5 641

volume autorisé (en

m3) 1 344 000 69 080 111 985 10 560 7 800 067 9 335 692

volume théorique par

ha 1 361 1 439 643 2 112 1 761 1 654

Tableau 13 : Volume total autorisé en m3 par ha, selon l’origine de l’eau, dans tout le bassin du Lemboulas.

(Données : projet de protocole du PGE du Lemboulas, traitement des données : BVBA, 2011)

Les calculs menés montrent que le volume d’eau autorisé par surface autorisée est différent selon la source de prélèvement de l’eau… A priori, hormis l’exploitation qui dispose d’un forage sur la nappe en terrasse, ce sont les plans d’eau qui permettent, toujours théoriquement, de disposer d’un volume d’eau par hectare plus important. Cela renforce l’idée que la présence d’un lac ou d’une retenue sur l’exploitation permet de disposer d’un volume d’eau plus important à l’hectare. Il semble aussi évident que la plupart des agriculteurs ne disposant pas d’une garantie suffisante d’un accès à l’eau en période estivale, c'est-à-dire à travers la sécurité d’un volume garanti par un lac, ne prendront que plus difficilement le risque de mettre en place une culture gourmande en eau, ou bien à forte valeur ajoutée.

Les volumes autorisés par rapport aux surfaces autorisées correspondent, selon la moyenne globale aux besoins exprimés en m3/ha par la profession agricole225 qui est de 1700 m3/ha irrigué. Lors des années quinquennales sèches, même s’il y a une baisse de l’accès à l’eau par prélèvement dans les cours d’eau, il y a toutefois un accès à l’eau par les retenues collinaires, permettant ainsi aux surfaces qui en dépendent un apport relativement correct (par rapport au souhait exprimé par les agriculteurs, mais il est certain que s’il s’agit de cultures gourmandes en eau, cela risque d’être insuffisant, et donc cela oblige les agriculteurs à effectuer des choix entre cultures). Le manque d’eau exprimé, peut donc être lié à un problème de localisation de la ressource par rapport aux besoins : des agriculteurs ayant un lac collinaire ne l’utilisent plus, d’autres qui veulent irriguer n’en disposent pas, et ont un accès aléatoire à l’eau.

224 La totalité de la capacité des retenues équivaut à 376580 m3, mais en comprenant la base de loisirs de

Lafrançaise, qui ne contribue pas à l’activité agricole. Examiner la liste des retenues avec leur capacité individuelle et classées par commune nous permet d’obtenir des éléments plus fins pour la compréhension.

225

unités de gestion hydrographique cours d'eau nappe accompagn atrice

plans d'eau alimentés par la nappe d'accompagnement nappe terrasse plans d'eau total Lemboulas moyen amont 1 014 1 180 300 - 1 419 1 302 Lemboulas moyen aval 2 194 2 160 - - 2 193 2 203 Lemboulas amont 722 1 760 570 - 1 554 1 322 Petit Lembous 2 229 - - 2 100 2 200 2 200 Lemboulas aval 2 196 - - - 2 198 2 197 Lembous 2 200 - - - 2 200 2 200 Lupte 1 172 1 153 882 - 1 427 1 335 total 1 361 1 439 643 2 112 1 761 1 654

Tableau 14 : Volume autorisé par surfaces autorisées par unité de gestion hydrologique du bassin. (Données : Projet de protocole du PGE du Lemboulas, traitement des données : BVBA, 2011)

Cependant le document du projet de protocole du PGE mentionne, en 2006, un volume prélevé de 500 000 m3 : « les volumes déclarés à l’Agence de l’eau font apparaître

500 000 m3 prélevés en 2006, considérée comme une année quinquennale sèche correspond ainsi à environ 30 % des volumes actuellement autorisés (1,5 hm3) sur les eaux superficielles. Ce volume correspond à un usage contraint par les restrictions, à un niveau estimé à 800 m3/ha. Ces chiffres permettent ainsi d’estimer les surfaces irriguées sur le bassin à environ 625 ha. ». Cependant, cette estimation ne semble pas concorder avec les données

amenées : par eaux superficielles, on entend les cours d’eau, la nappe d’accompagnement, les plans d’eau alimentés par cette nappe d’accompagnement, ainsi que la nappe de terrasse. Or, si le volume prélevé dans les eaux de surface a été limité par les restrictions à 500 000 m3, et que donc autant les surfaces irriguées que le volume attribué à chaque hectare a été limité, on ne peut considérer que la surface totale irriguée n’ait été qu’à 10 % de la surface autorisée, pour la totalité du bassin, occultant ainsi les surfaces irriguées par les lacs collinaires. Cette erreur dans la compréhension du document provient de la tournure rédactionnelle du protocole. En effet, après consultation des personnes concernées (DDT 82), les limitations de prélèvements sont bien circonscrites aux eaux issues des cours d’eau, et ne concernent pas les retenues. Effectivement la sécurité du volume prélevable est assurée dans les retenues collinaires qui ne sont pas soumises aux restrictions de prélèvement contrairement aux cours d’eau et de façon générale aux eaux superficielles.

unités de gestion hydrographique cours d'eau nappe accompagnatr ice

plans d'eau alimentés par la nappe d'accompagnement

nappe

terrasse plans d'eau total Lemboulas moyen amont 20 1 1 - 78 100 Lemboulas moyen aval 42 6 - - 53 100 Lemboulas amont 15 0 11 - 74 100 Petit Lembous 1 - - 0 98 100 Lemboulas aval 38 - - - 62 100 Lembous 10 - - - 90 100 Lupte 23 2 5 - 70 100 total 17 1 3 0 78 100

Tableau 15 : Part (%) des surfaces autorisées à partir des sources possibles par unités de gestion. (Données : Projet de protocole du PGE du Lemboulas, traitement des données : BVBA, 2011)

Cet élément nous amène à appréhender différemment la répartition de l’origine de l’eau prélevée pour l’irrigation par unité hydrographique (tab.15).

A la lecture de ces tableaux (tableaux 14 à 16) apparaît clairement la dépendance de certains secteurs au débit prélevable dans les cours d’eau : le Lemboulas moyen aval, et le Lemboulas aval sont dépendants à plus du tiers des cours d’eau. Ces secteurs sont caractérisés par la présence des réseaux collectifs d’irrigation de l’ASA de Valence (eau du Tarn) mais aussi du COSA des coteaux (eau de l’Aveyron). De plus, la nature géologique des sols et la topographie qui sont moins favorables à l’implantation des retenues collinaires du fait d’un élargissement des vallées mais aussi de dépôts alluvionnaires plus importants (fig.17 et 18). De plus, les arrêtés de restrictions de prélèvements touchent moins fréquemment la partie avale du bassin, ce qui peut aussi expliquer que les agriculteurs ont ainsi pu différer un investissement couteux en considérant l’accès à la ressource en eau suffisant au niveau du cours d’eau (Lemboulas aval).

Par opposition, le secteur du Petit Lembous n’est que très peu dépendant des cours d’eau : 98% des volumes d’eau prélevés proviennent des retenues collinaires. Dans cette zone les cultures sous contrat sont particulièrement importantes comme la production du maïs semence (fig.44). unités de gestion hydrographique cours d'eau nappe accompagnatr ice

plans d'eau alimentés par la nappe d'accompagnement

nappe

terrasse plans d'eau total Lemboulas moyen amont 16 1 0 - 84 100 Lemboulas moyen aval 41 6 - - 53 100 Lemboulas amont 8 0 5 - 87 100 Petit Lembous 1 - - 0 98 100 Lemboulas aval 38 - - - 62 100 Lembous 10 - - - 90 100 Lupte 21 2 3 - 74 100 total 14 1 1 0 84 100

Tableau 16 : Part (%) des volumes autorisés par rapport au total prélevé, par type de ressources. (Données : Projet de protocole du PGE du Lemboulas, traitement des données : BVBA, 2011)

On peut aussi considérer que le projet de mise en place d’une retenue importante pour la substitution et la réalimentation, ainsi que d’un réseau collectif assurerait une sécurité d’approvisionnement en eau des agriculteurs dépendants de la ressource superficielle soumise aux restrictions en période d’étiage. Effectivement, celle-ci doit permettre non seulement l’irrigation en aval, par pompage dans la rivière (substitution), et de respecter le DOE (réalimentation).

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